Vous avez été nombreux à remarquer mon pavot bleu dans mon article sur la butte Seiryu. Après avoir profité de sa floraison pendant un mois et demi, le temps est venu pour moi récolter ses premières graines : l'occasion parfaite pour lui dédier un petit article !

Le pavot bleu de l'Himalaya, alias Meconopsis betonicifolia pour les intimes, est une vivace caduque qui affectionne les sols frais mais drainés, humifères, neutres ou acides, exposés à la mi-ombre. Il déteste l'humidité stagnante et le vent, surtout s'il est desséchant. C'est sans doute à cause de ces exigences de star qu'il a la réputation d'être capricieux ou difficile ; pourtant, une fois qu'on lui offre tout ça, il ne demande aucun autre effort – la preuve, il a réussi à pousser chez moi !

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Au printemps, il commence par former une rosette de feuilles poilues, d'où va émerger une tige florale qui porte toutes les futures fleurs. Celles-ci commencent à éclore en mai, atteignant 8, voire 10 cm de diamètre. À l'instar des hortensias, leur teinte varie en fonction de l'acidité du sol : plus il est alcalin, plus les fleurs seront violettes. Mon pavot est planté au sommet d'une butte de terre de bruyère, ce qui explique sa couleur très bleue ; mais quelle que soit la nuance de la fleur, les étamines jaune d'or viendront former avec les pétales un délicieux contraste.

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De début mai à mi-juin, les boutons dévoilent leurs pétales, offrant un spectacle incomparable : les fleurs semblent ciselées dans du papier crépon dont la finesse est rehaussée par les rayons du soleil. Une fois la floraison avancée, plusieurs options s'offrent au jardinier : soit on veut conserver le plant en vie, auquel cas il faudra couper les fleurs fanées avant qu'elles ne montent à graines ; soit on tente de naturaliser le pavot en le laissant se ressemer tout seul, ce qu'il fait apparemment très bien lorsque les conditions de culture lui plaisent. J'ai opté pour la seconde solution, mais par prudence, j'ai aussi récolté quelques-unes des nombreuses graines contenues dans les capsules séchées histoire de les semer moi-même si la Nature n'exauce pas mes souhaits en colonisant ma butte avec des Meconopsis.

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Et quand on voit la quantité de graines contenues dans une seule capsule, on comprend mieux pourquoi la plante s'épuise jusqu'à la mort lorsqu'on lui garde ses fleurs fanées ! Du coup, je vais pouvoir accéder au souhait d'Aline, qui m'en a demandé quelques graines la dernière fois ; et si d'autres personnes sont intéressées, qu'elles n'hésitent pas à se manifester en commentaire ou, mieux encore, qu'elles m'envoient leurs coordonnées directement en privé en passant par le lien Contactez l'auteur en haut dans la colonne de droite !

On peut réaliser le semis soit au printemps (de février à juin), soit en début d'automne (septembre-octobre). Le substrat n'a pas beaucoup d'importance, du moment qu'il reste bien léger et aéré. On place les graines à la surface, puis on recouvre le tout avec une très fine couche de terreau tamisé ou de vermiculite. Ensuite, on humidifie le tout par capillarité (en mettant les pots dans un récipient rempli d'eau, puis en les en retirant une fois que le substrat est bien humide) ou en vaporisant délicatement de l'eau sur le dessus. On peut ensuite placer les semis en plein air, à l'ombre et à l'abri. (Pour ma part, je sème dans une petite terrine que j'enferme ensuite dans un sac congélation zippé, ce qui me permet à la fois de protéger les plantes et de maintenir l'humidité du substrat.) La germination peut intervenir au bout de deux semaines... ou de plusieurs mois !

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Les plantules ne craignent pas le gel, mais ne survivront pas à une grosse pluie d'orage. Il faut veiller à maintenir le substrat humide en permanence, même (et surtout) une fois que les graines ont germé ; pour ça, il est conseillé d'arroser les plantes par le bas (l'eau remonte par capillarité) afin d'éviter la fonte des semis, à laquelle le pavot bleu est sensible. On peut repiquer les plus belles plantules en godets quand elles ont deux ou trois vraies feuilles, et les laisser se fortifier encore ; quand les racines commencent à sortir par les petits trous sous le godet, il est temps de les mettre en pleine terre. Les plantes ne fleurissent généralement qu'à partir de la deuxième année. Ça peut paraître long, mais je vous assure que ça vaut vraiment le coup !