Tout comme les fougères, les lierres sont souvent des mal-aimés des jardiniers, qui tantôt les méprisent, tantôt les traquent impitoyablement. D'ailleurs, même les pépiniéristes ne se donnent pas la peine de les étiqueter correctement : après mes déboires avec les « fougères variées », dont mariejoclaude m'avait aidée à me dépêtrer grâce à son identification du Pteris cretica wimsettii, me voici confrontée au même problème après avoir acheté cinq godets de « lierre varié » dans une pépinière pourtant d'un grand sérieux par ailleurs. Heureusement, leur identification m'a cette fois posé moins de problèmes, sauf pour le cultivar ci-dessous, qui persiste à m'échapper... 

hedera helix lierre inconnu

On trouve au jardin de l'Hedera helix classique, qui était déjà sur place quand nous sommes arrivés, mais aussi deux spécimens de 'Sagittifolia', trois de 'Green Ripple' (une variété aux nervures très marquées, ce qui lui donne l'air presque rayée, que j'utilise à la fois comme grimpante et comme couvre-sol, photo ci-dessous), deux de 'Glacier' et l'inconnu aux jeunes pousses, aux tiges et aux revers joliment teintés de rose dont je vous parlais en introduction.

Pourquoi tant de lierre ?, me demanderez-vous. La première raison est d'ordre strictement pratique : avec trente mètres de mur de parpaings hideux surmontés d'une vieille brande de bruyère tout aussi laide sur la façade sud du jardin, il me fallait une grimpante persistante qui accepte de pousser à l'ombre totale et ne soit pas trop exigeante sur la nature du sol... Et je peux vous dire que les candidats capables d'une telle performance ne courent pas les rues. La seule plante que j'ai trouvée pour faire écho au lierre dans ces conditions de culture difficiles est l'Hydrangea seemannii, dont j'ai mis en terre un petit plant ce week-end.

hedera helix green ripple

La deuxième raison est de nature écologique : en effet, le lierre sert de refuge ou de garde-manger à de nombreux animaux, notamment les oiseaux (voir à ce sujet les plaidoyers qui fleurissent en sa faveur sur presque tous les sites régionaux de la LPO, par exemple dans le Tarn ou en Champagne-Ardenne), mais aussi les butineurs, pour lesquels leur floraison décalée représente une manne précieuse à la fin de l'automne et à l'entrée de l'hiver. Ne pas exterminer aveuglément son lierre est donc une façon facile de donner un coup de pouce aux abeilles à moindres frais !

Enfin, la troisième raison est esthétique. En effet, il existe plusieurs centaines de cultivars d'Hedera, comme en témoigne par exemple le site de la Société allemande du lierre (non germanophones s'abstenir !) [EDIT : comme le fait remarquer Jean-Claude en commentaire, on peut toutefois utiliser l'outil Google Traductions qui est accessible en bas de la page et qui m'avait totalement échappé], et certains ont vraiment de quoi séduire même les jardiniers les plus difficiles. Les miens ne sont pas exceptionnels, mais suffisent largement à me réjouir, surtout quand je les imagine recouvrir le muret en parpaings et la brande de bruyère... Voici par exemple 'Sagittifolia', dont les feuilles devraient devenir plus découpées au fil de sa croissance, suivi de 'Glacier'.

lierre sagittifolia

lierre glacier

Et il y a encore des tas de formes et de couleurs originales, comme les suivantes par exemple – qui ne poussent pas dans mon jardin, mais dont j'ai trouvé les photos sur le fameux site de la Société allemande du lierre dont je vous parlais plus haut.

lierres2

Ci-dessus, de gauche à droite, puis de haut en bas : 'Lalla Rookh', 'Parsley Crested' avec ses drôles de feuilles froncées, 'Topazolite', 'Teardrop' et 'Ritterkreuz'.

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Ci-dessus, première ligne en haut, de gauche à droite : 'Buttercup', 'Bill Archer', 'Baden Baden', 'Baby Gold Dust'. Les fleurs sont celles de 'Baltica arborescens'. En dessous, on trouve 'Amber Waves', tandis que la grande photo en bas à droite représente 'Blue Moon'.

On peut trouver la plupart de ces espèces chez le vendeur spécialisé lierres.com (qui lui, j'en suis sûre, a le bon goût d'étiqueter sérieusement ses cultivars). Je me suis limitée ici au lierre commun, alias Hedera helix, mais il y a des tas d'autres sortes de Hedera comme colchica, hibernica, etc. Voilà, j'espère avoir donné aux sceptiques un nouveau regard sur cette plante injustement méprisée par beaucoup de jardiniers ; et si cet article ne suffisait pas, vous pouvez allez lire celui qu'Hervé a posté la semaine dernière sur le blog de Jardin 4D : rien que la photo devrait convaincre les plus rétifs !